Fortune de dictateur 

Félix Houphouët-Boigny dirigea la Côte d’Ivoire pendant trente trois années de 1960 à 1993. Il fut sans doute l’un des chefs d’Etat africains les plus riches d’Afrique. R. Baker évalue sa fortune à 7 milliards $180. Le Quid, en 1992, un an avant la mort du dictateur ivoirien, l’évaluait à 11 milliards $.

houphouet_noirLe président ivoirien aurait possédé une dizaine de propriétés en région parisienne dont une gentilhommière de style Louis XIV à Soisy-sur-Ecole, l’ancien appartement de Jean Gabin dans le 8ème à Paris, plus un autre dans le 11ème et enfin sa résidence personnelle rue Masseran (7ème), à côté de l’Ecole militaire avec un parc de 8590m², évaluée en 1998 à 18,3 millions d’euros. A cela s’ajoutent d’autres propriétés, si l’on en croit la Lettre du Continent.181 Il détenait aussi une maison en Suisse, au Chêne Bourg et une propriété en Italie, à Castel Gondolfo. Il possédait aussi des comptes à l’étranger, notamment en Suisse (UBS, SIB, Everlasting). Il avait d’ailleurs déclaré à des enseignants ivoiriens en grève : « Quel est l’homme sérieux dans le monde qui ne place pas une partie de ses biens en Suisse. » 182 Pays qu’il connaissait bien puisqu’il y avait de multiples sociétés immobilières (SI Grand Air, SI Picallpoc, Intercafco) et était actionnaire des bijouteries ­horlogeries huppées de Genève : Piaget et Harry Winston.

Cet argent, il l’obtenait principalement du pillage des ressources du pays, café et cacao. Houphouët-Boigny avait aussi la folie des grandeurs, en faisant en 1983 d’un petit village, où il avait grandi au côté de sa grande tante Yamoussou, la capitale administrative de Côte d’Ivoire, Yamoussoukro. Il y fit construire plusieurs édifices somptueux, l’hôtel de ville, un institut polytechnique, un aéroport international et une imposante basilique183 alors qu’il y avait seulement 12% de catholiques en Côte d’Ivoire. Il a toujours affirmé que c’était lui qui offrait cet édifice à la Côte d’Ivoire. Il aurait dépensé 115 millions d’euros pour la réalisation de cette basilique, un des plus grands édifices religieux chrétiens au monde, réalisée par la société française Bouygues entre 1985 et 1990 pour 250 millions d’euros.

BASILIQUEMalgré ses dépenses somptuaires et son train de vie fastueux, il n’a jamais été inquiété par la justice de son pays, ni par la communauté internationale. En France, où pourtant il détenait la majeure partie de ces biens, personne n’osa critiquer sa fortune. En effet, Houphouët aurait longtemps entretenu les hommes politiques français.

Aujourd’hui, la seule affaire qui touche à sa fortune est de savoir qui sont les héritiers de tous ses biens. A sa mort, le dictateur, ne laissant aucun testament, a confié, par un legs verbal, ses biens à l’Etat ivoirien. Ses héritiers reconnus ont donc dû renoncer à la majorité des biens personnels de l’ancien président, mais ont refusé de perdre la propriété de quelques uns, notamment l’hôtel particulier, rue Masseran et les tableaux de maîtres (Pierre Bonnard, Van Gogh, Bernard Buffet) ainsi que du mobilier qu’il contenait, évalués à 6,6 millions d’euros.184 Ce serait Guillaume Houphouët-Boigny qui aurait eu la charge de gérer les comptes bancaires suisses du Vieux à la SIB et Maître Escher, ceux d’Everlasting et d’UBS.

La succession est traitée en France par l’administrateur judiciaire Pierre Zecri et la propriété par l’Etat ivoirien d’une partie de ces biens vient d’être reconnue par tous les héritiers ! 185

L’Etat ivoirien possèderait ainsi, en particulier autour du 102 avenue Raymond Poincaré, siège de l’ambassade de Côte d’Ivoire en France, deux hôtels particuliers dans la rue adjacente (rue Léonard de Vinci), un de 720 m² sur trois étages loué à peine « 10 000 euros par an les 10 premières années » à une société belge avec un bail de 30 ans, l’autre de 500 m² loué pour 15 ans à un ami du président Gbagbo, son avocat, pour un montant dérisoire. Un troisième se trouverait, boulevard Suchet, ce serait l’ancien siège des services économiques de l’ambassade. A cela s’ajoutent 10 places de parking, rue Beethoven, et une cave, sans précision de surface, avenue Paul Doumer. Ajoutez à cet état des lieux deux étages de bureaux à la Défense, aux 12è et 13è étages de la Tour Norma, dont une partie est louée au groupe Total. Plus 28 places de parking dédiées en sous-sol. C’est ce dernier lot qui devrait être vendu prochainement pour près de 2 millions d’euros, si l’on en croit la Lettre du Continent.186 Enfin, l’Etat ivoirien aurait obtenu la propriété du « château Masseran ».

Son successeur, Henri Konan Bédié, a connu plus d’ennuis. Non pas en France, où il entretenait des relations avec les hommes politiques qui lui offrirent d’ailleurs l’exil quand il fut renversé par un coup d’Etat en décembre 1999. Mais en Suisse, où ses comptes furent gelés le 8 mars 2000 par l’Office fédéral de justice. Ce dernier avait en effet reçu une demande d’entraide judiciaire de la justice ivoirienne pour bloquer les comptes de l’ancien président, qui aurait notamment détourné 24,8 millions $ d’aide européenne à la santé. Seulement 5 à 7 millions de francs suisses furent bloqués dans neuf banques concernées. L’entraide judiciaire accordée à la Côte d’Ivoire n’a depuis pas été poursuivie, faute de volonté politique des nouvelles autorités ivoiriennes dirigées par le Général Gueï, qui n’ont fourni aucune preuve. Elles avaient pourtant délivré à l’époque un mandat d’arrêt international contre H.K. Bédié, qui résidait alors en France. Il ne fut jamais inquiété depuis par la justice de son pays.187

Source : http://www.ccfd.assault.fr

180

Raymond Baker, 2005, Capitalisms’s Achilles Heel, p. 52.

181

Lettre du Continent, 30 septembre 2004 : Houphouët-Boigny aurait eu des appartements : avenue Bosquet, rue Jean Nicot, boulevard St Germain, rue de la Chaise, rue de Grenelle…

182

Philippe Madelin, 1993, L’or des dictatures, pp. 307-315.

183

La basilique Notre Dame de la Paix avec un dôme inspiré de St Pierre de Rome s’étend sur 8000m².

Biens mal acquis… profitent trop souvent. Document de travail, mars 2007