L_origine_du_monde

Il n’y a pas que la politique dans la vie, il y a aussi la vie, tout simplement. Découvrez ci-dessous, l’étrange destin de ce magnifique tableau, au nom évocateur. En effet, tout le monde vient de là : les papes, les rois, les présidents, les assassins, l’enfoiré qui a embouti votre véhicule le week-end dernier, votre patron, les curés et même le dalaï- lama…

Œuvre réaliste par excellence, l’Origine du monde dévoile l’intimité d’une femme, empreinte de désir et d’excitation. Le parti pris de l’artiste pour un cadrage volontairement rapproché, invitant le regard sur l’essence de la féminité, a pudiquement imposé à cette œuvre plus d’un siècle de clandestinité... et la critique souvent virulente de ceux qui ont eu le loisir de l’approcher (les qualificatifs allant d’érotique à pornographique, en passant par sulfureuse, scandaleuse, provocante et obscène). Ainsi, en 1878, l’écrivain Maxime Du Camp témoigne de sa découverte du tableau en ces termes : « Dans le cabinet de toilette, on voyait un petit tableau caché sous un voile vert ; lorsqu'on écartait le voile, on demeurait stupéfait d'apercevoir une femme nue, de face, extraordinairement émue et convulsée, remarquablement peinte, reproduite con amore ainsi que disent les Italiens, et donnant le dernier mot du réalisme. Mais, par un inconcevable oubli, l’artisan qui avait copié le modèle sur nature avait négligé de représenter les pieds, les jambes, les cuisses, le ventre, les hanches, la poitrine, les mains, les bras, les épaules, le cou et la tête. »

Le premier propriétaire de l’Origine du monde, le diplomate turc Khalil-Bey, masque en effet le tableau derrière un rideau pour ne le présenter qu’aux amateurs avertis. L’œuvre change ensuite à plusieurs reprises de propriétaires, avant d’être acquise par le psychanalyste Jacques Lacan en 1955. Celui-ci demande au peintre André Masson de réaliser un cadre à double fond, et de dissimuler (à nouveau) la toile de Courbet derrière une œuvre surréaliste sur le même thème. Finalement, en 1995, au terme d’une longue clandestinité, l’Origine du monde est rendue publique lorsqu’elle entre au musée d’Orsay.

Gustave Courbet, l’Origine du monde, 1866. Huile sur toile, 46 × 55 cm. Musée d'Orsay, Paris.

Encyclopédie Encarta

Erich Lessing /Art Resource