Accord de Ouaga, succès diplomatique ou dérobade judiciaire de Compaoré ?

lundi 9 novembre 2009

Par K.Sylvain SASSE

Par K.Sylvain SASSE

rci_blaise042hhEn février dernier, les protagonistes de la crise ivoirienne signent à Ouagadougou (Burkina Faso), un accord de paix définitif sous l égide du médiateur à la fois pyromane et sapeur-pompier, Blaise Compaoré. Ils mettent ainsi fin à plus de quatre ans de guerre civile. Afrique Education révèle ici les manœuvres secrètes du département d’Etat et de l’Elysée qui ont conduit à ces accords que les quotidiens burkinabé pro-Compaoré, qualifient abusivement de succès diplomatiques du président du Faso.

L’article « Compaoré, Chef d’Etat ou de la Mafia » du numéro 223 du 1er au 15 mars 2007 du magazine, s’est vendu gloutonnement à Ouagadougou comme die brochen (petits pains). Mais ce succès a entraîné sine dine des répliques maladroites, surtout, des chiens de garde du pouvoir dont le quotidien gouvernemental Sidwaya. On a bien compris son mobile, mais Afrique Education tire une fois encore sur la queue du diable et invite ce dernier à le contredire de nouveau. D’ailleurs Blaise Compaoré ne se jette pas les fleurs et, surtout, ne considère pas la signature de cet accord de paix sur la crise ivoirienne comme une victoire diplomatique. A contrario, l’homme fort de Ouagadougou est très inquiet sur son avenir politique et sur ce qui se dessine, au sein de la commission trilatérale, du réseau françafrique, de l’entourage du procureur Christopher Staker du tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL), une juridiction du Tribunal pénal international, émanation de l’Organisation des nations-unies (ONU) et, plus précisément, du tristement célèbre Conseil national de sécurité, d’une part, et du Département de la direction des affaires économiques internationales de la Maison Blanche, d’autre part. L’accord de paix de Ouagadougou entre les belligérants de la guerre civile ivoirienne, de février dernier, a mis les opinions publiques dans le trouble sur le choix du médiateur Blaise Compaoré dans ces pourparlers. Selon nos différents faisceaux d’investigation, le président Compaoré était contraint d’être le médiateur pour des raisons suivantes :

Primo, les Américains ne sont pas contents du rôle qu’il a joué auprès de Charles Taylor et sa rébellion, le Front national patriotique du Liberia (NPFL) du 24 décembre 1989 à 2006. Son indéfectible soutien avait permis à l’ex-chef de l’Etat libérien de défier les Américains sur le terrain des opérations militaires en dépit du renfort d’un contingent US fort de 2.500 marines chapeauté par les agents de la CIA, du Military Intelligence (M16) et du Spécial Air Service (SAS) britanniques. Dès lors, ils sont résolus à réprimer les soutiens du Libérien, à savoir, Blaise Compaoré et les réseaux français, par tous les moyens, y compris, à l’aide de la subversion. Mais comme ils ne peuvent pas être sur plusieurs fronts à la fois, ils ont dû, momentanément, surseoir au « dossier Compaoré », privilégiant le cas le plus urgent, celui de son ami Charles Taylor. Aussi, faut-il souligner que l’ex-premier ministre ivoirien, Alassane Ouattara, ami de longue date de Blaise Compaoré, a activé ses réseaux aux Etats-Unis où il fit ses études de sciences économiques, et d’Arabie Saoudite, pour apaiser cette colère de Washington à l’endroit du chef de l’Etat burkinabé. 
Secondo, informé pourtant par ses réseaux de ce projet américain, Compaoré, sûr du soutien de la France de Jacques Chirac (qui caressait le projet de se succéder à lui-même à l’Elysée avant le verrouillage de l’UMP par Nicolas Sarkozy), a continué à apporter son assistance à Charles Taylor, en accentuant l’arrogance de ce dernier. Plus grave est que l’ex-président libérien, qui comptait sur Blaise Compaoré, menace les Etats-Unis et son président Bill Clinton : « If the president Bill Clinton sends the troops here, I kill them all « ( Si le président Bill Clinton envoie ses troupes ici, je les tue toutes ).

Ces certitudes de Charles Taylor donna dès lors aux Américains, l’étendue de leur guerre secrète, et changea de facto la donne géopolitique ouest-africaine. Les Américains sont donc sûrs que la France projette quelque chose contre eux en Afrique. Le sénat américain monte au créneau à travers le sous- secrétaire d’Etat Georges Moose qui, devant les sénateurs, affirme en 1993 : « Nous devons assurer notre accès aux immenses ressources naturelles de l’Afrique, un continent qui renferme 78% des réserves mondiales de chrome, 89% de platine, et 59% de colbalt ». Bill Clinton promulgue, alors, deux ans plus tard, après cette déclaration, la loi Africa New opportunities Act, qui définit les programmes d’exploration et d’exploitation des nouvelles ressources africaines servant les intérêts stratégiques américains. La machine de déstabilisation de tout un continent est en marche, et tous les hommes forts de la françafrique doivent quitter de gré ou de force le pouvoir. Ce fut le cas du Zaïrois Mobutu Sese Seko, du chef du Maquis angolais, Jonas Savimbi, du Libérien Charles Taylor, et bientôt du Burkinabé, Blaise Compaoré. Pourtant, la déstabilisation du Zaïre qui a même inquiété les chefs d’Etat d’Afrique francophone jusqu’au sage togolais Gnassingbé Eyadèma, n’a pas fait assagir Blaise Compaoré. Au contraire, Charles Taylor, l’ancien casque bleu des Nations- Unies, le caporal sierra-léonais, Foday Sankoh, et lui continuaient de faire de l’Afrique de l’Ouest, une sorte de Sicile africaine dont le chef n’est autre que Blaise Compaoré. Plus grave, sa camorra et lui, ont foulé au pied les résolutions et rapports onusiens, et poursuivi leur crime organisé en attisant le courroux des stratèges du State Department.
La médiatisation des atrocités des guerres civiles au Libéria et en Sierra Léone, l’appétit irrationnel des Américains à s’accaparer des ressources naturelles africaines, ont obligé les agents de la CIA et des forces spéciales à dramatiser leurs rapports de missions effectué de 1989 à 2002 qui dormaient dans les tiroirs de l’Agence. C’était l’émotion à la lecture de ces rapports sur les atrocités de Blaise Compaoré et sa camora. C’est ainsi que ces rapports ajoutés à ceux des organisations non gouvernementales (ONG) ont atterri à la Commission trilatérale où siègent uniquement des personnalités américaines, européennes et japonaises pour la grande majorité. Créée en 1955 par David Rockfeller dont la fondation sponsorise entre autres des ONG comme Human Rights Watch, qui ont fourni au total 32.000 pages de dossier d’inculpation sur Charles Taylor et 7000 pages sur le président Blaise Compaoré, cette Commission trilatérale dispose des moyens de sa politique. Autrement dit, Compaoré et son vice-chef de la camorra, totalisent à eux deux, au Tribunal pénal international de la Haye, 39.000 pages d’inculpation de crime contre l’humanité, de crime organisé, de pillages, et d’exécutions extra-judiciaires. Le Conseil de sécurité de l’ONU qui n’est autre qu’un commis de la Commission trilatérale, a donc initié rapidement le projet de TSSL et un mandat d’arrêt a été lancé à l’encontre de Taylor le 4 juin 2003 et transmis à Interpol.(police internationale).

En 2006, ce que Taylor et Blaise Compaoré considéraient comme une blague, est devenu une réalité. L’ex-chef de l’Etat libérien est extradé à la Haye en Hollande en dépit des protocoles d’Accra du 11 août 2003 au niveau de la CEDEAO.

Quarto, l’assassinat électoral du président français Jacques Chirac par son (fougueux) ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, n’était pas de bonne augure dans la mesure où ses principaux soutiens comme François Fillon au sein de l’UMP, annonçaient le changement de la situation militaire en Côte d’ Ivoire entre le pouvoir en place dirigé par Laurent Gbagbo et la rébellion de Guillaume Soro. La percée du candidat de l’UMP dans les sondages est due aux lobbies pro-Sarkozy composés essentiellement d’hommes d’affaires du Mouvement des entreprises de France (Medef) qui restent nostalgiques de la Côte d’Ivoire, et écoeurés par l’offensive économique des pays émergents tels que l’Afrique du Sud, le Brésil et la Chine dans ce pays. Blaise Compaoré a pris conscience du départ de Jacques Chirac et ce, par la petite porte après 40 années de basse politique et de coups tordus en Afrique. Nicolas Sarkozy qui est d’ailleurs pro-américain et démagogue reconnu, n’hésiterait pas à sacrifier Blaise Compaoré et Guillaume Soro, au profit de ses soutiens Outre-Atlantique, des patrons du CAC40 de Paris et du Medef, s’il arrivait au pouvoir, pour mettre fin à la crise ivoirienne. C’est compte tenu de ce danger qu’un centre d’analyse proche de l’Elysée, a conseillé à Compaoré de dire à ses amis, en l’occurrence, le rebelle Guillaume Soro et sa clique, de déposer les armes et de faire tout ce qui est possible pour instaurer la paix en Côte d’ Ivoire sans quoi, il risque de tirer sur leur propre pieds. Voilà pourquoi le chef de l’Etat burkinabé s’érige en médiateur après avoir ordonné discrètement à ses poulains d’accepter la dernière tentative de paix avant l’hécatombe. Une question devenue de vie ou de mort pour le beau Blaise ! - Quinto, le président Gbagbo, dispose aujourd’hui d’une situation favorable et peut à loisir, embêter Blaise Compaoré dont le pouvoir commence à sérieusement chanceler en raison de sa forte implication dans la crise ivoirienne qui a par ailleurs entraîné une redéfinition de la donne géopolitique, avec le rapprochement entre la Côte d’Ivoire et l’Angola, première puissance militaire de l’Afrique centrale, et pro-américaine par excellence). Désormais, les ONG ivoiriennes peuvent, avec l’approbation discrète de Gbagbo, traduire Compaoré et Guillaume Soro au TPI, et l’affaire des femmes violées par les rebelles, n’est que l’avant-goût d’un feuilleton judiciaire en perspective. - Sexto, l’entourage du procureur de TSSL, Christopher Staker, devrait dans les mois à venir, envoyer une lettre à Blaise Compaoré, pour être entendu dans l’Affaire Taylor, en attendant sa mise en accusation personnelle sur les 7.000 pages de son dossier d’inculpation pour crimes organisés, violations systématiques des droits fondamentaux de l’homme. De sa prison, Charles Taylor ne cesse de jurer que dès sa comparution, il ne manquera pas de citer son compagnon de toujours Blaise Compaoré.

Toutes ces raisons (et bien entendu d’autres encore) ont obligé le chef de l’Etat burkinabé à s’ériger en médiateur malgré lui. Le pyromane devenu sapeur pompier. Mais ce qui est sûr et certain, c’est que tôt ou tard, il sera cité à comparaître au TPI ou au TSSL. Comme on le constate, l’assassin de son « demi-frère », le capitaine Isidore Thomas Sankara avec cruauté en octobre 1987 et celui de notre confrère Norbert Zongo en décembre 1998, n’est pas encore au bout de ses peines.

Source : Afrique Education Numéro 227 du 1er au 15 Mai 2007

http://www.afriqueeducation.com/archive/sommaire/article.php?id=434&version=228

Les méfaits de l’allié d’Alassane Ouattara, le sanguinaire Blaise Compaoré : 1,  2,  3,  4,  5, 6, 7