chavez22

Par Dr. Paul Craig Roberts

Mondialisation.ca, 20 mars 2013

Le 5 mars 2013, Hugo Chavez, président du Venezuela et leader mondial de l’anti-impérialisme, est décédé. Les impérialistes de Washington et leurs prostituées des médias et des boîtes de réflexion ont exprimé un tonitruant soupir de soulagement, tout comme le fît la population des États-Unis soumis à un lavage de cerveau permanent. « Un ennemi des États-Unis » est parti.

Chavez n’était pas un ennemi des États-Unis. Il était un ennemi de l’hégémonie de Washington sur d’autres pays, un ennemi de l’alliance de Washington avec la clique d’une élite dirigeante qui vole les peuples, qu’elle oppresse et refusent d’aider. Il était un ennemi de l’injustice de Washington, de la politique étrangère de Washington fondée sur des mensonges et l’agression militaire, des bombes et des invasions.

Washington n’est pas les États-Unis d’Amérique. Washington est la ville natale de Satan.

Chavez était un ami de la vérité et de la justice, et cela l’a rendu impopulaire dans le monde occidental où chaque politicien regarde la vérité et la justice comme de graves menaces.

Chavez était un leader de ce monde. A l’encontre des politiciens américains, Chavez était respecté à travers le monde non-occidental. Il a été le récipiendaire de doctorats honoraires en Chine, en Russie, au Brésil et dans d’autres pays, mais pas de Havard, Yale, Cambridge ou Oxford.

Chavez a été un miracle. Il a été un miracle parce qu’il ne s’est pas vendu aux États-Unis et aux élites vénézuéliennes. S’il l’avait fait, il serait devenu très riche avec les revenus du pétrole, comme la famille royale saoudienne et il aurait été honoré par les États-Unis de la même manière que Washington honore ses marionnettes : avec une belle visite à la Maison Blanche. Il aurait pu devenir un dictateur à vie s’il avait servi Washington.

Chaque marionnette de Washington, de l’Asie a l’Europe en passant par le Moyen-Orient, attend anxieusement l’appel démontrant que Washington apprécie sa servitude au pouvoir impérialiste mondial qui occupe toujours le Japon et l’Allemagne 68 ans après la fin de la seconde guerre mondiale , et la Corée du Sud 60 ans après la fin de la guerre de Corée et a placé des troupes et des bases militaires dans de nombreux autres pays « souverains ».

Il aurait été politiquement facile pour Chavez de se vendre. Tout ce qu’il avait à faire était de continuer une rhétorique populiste, de promouvoir ses alliés dans l’armée, de balancer au sous-prolétariat plus de bénéfices que jamais auparavant et de diviser le reste des revenus du pétrole avec les élites corrompues vénézuéliennes.

Mais Chavez était une véritable personne, comme Rafael Correa, le président de l’Équateur élu pour trois termes ayant résisté aux États-Unis et accordé l’asile politique à un Julian Assange persécuté, et comme Evo Morales, premier président indigène de Bolivie depuis la conquête espagnole. La grande majorité des Vénézuéliens avaient compris que Chavez était une véritable personne. Ils l’ont élu quatre fois comme président et auraient continué à l’élire aussi longtemps qu’il aurait vécu. Ce que Washington déteste le plus au monde est une vraie personne qui ne peut pas être achetée.

Plus les politiciens occidentaux et les putains des médias diabolisaient Chavez et plus le peuple vénézuélien l’adorait. Celui-ci avait parfaitement compris que quiconque est damné par Washington est un cadeau de Dieu pour le monde.

Il en coûte de se dresser contre Washington. Tous ceux qui ont le courage de le faire sont diabolisés et risquent d’être assassinés et renversés par un coup d’État organisé par la CIA, comme l’a été Chavez en 2002, lorsque les élites vénézuéliennes ont lancé leur coup et enlevé Chavez sous les instructions de la CIA. Le coup a été mis en échec par le peuple vénézuélien qui a pris la rue et par des éléments de l’armée, et ce avant que Chavez ne puisse être liquidé par les élites vénézuéliennes cupides contrôlées par la CIA, lesquelles eurent la vie sauve, parce que Chavez, contrairement à elles, était humanitaire. Le peuple vénézuélien s’est soulevé massivement et instantanément pour défendre Chavez publiquement et exposer le mensonge véhiculé par la Maison Blanche de Bush et selon lequel Chavez était un dictateur.

Révélant son niveau de corruption sordide, le New York Times a pris parti pour le coup anti-démocratique d’une poignée d’élitistes contre un Chavez démocratiquement élu et déclaré que la mise à l’écart de Chavez par un petit groupe de riches et d’agents de la CIA signifiait que « La démocratie vénézuélienne n’était plus mise en danger par un dictateur en devenir. »

Les mensonges et la diabolisation continuent avec la mort de Chavez. On ne lui pardonnera jamais de s’être rangé du côté de la justice. On ne pardonnera pas non plus à Correa et Morales, eux aussi sans nul doute sur des listes de personnes à assassiner.

Des commentateurs de CounterPunch, de Fairness & Accuracy in Reporting ont réuni des exemples de condoléances venimeuses que les “pressetituées” ont écrit pour Chavez,  célébrant essentiellement le fait que la mort avait réduit au silence la voix la plus courageuse sur terre :http://www.counterpunch.org/2013/03/08/obituaries-for-hugo-chavez/http://fair.org/take-action/media-advisories/in-death-as-in-life-chavez-target-of-media-scorn/

Le commentaire de la journaliste d’affaires de l’agence Associated Press Pamela Sampson était probablement le plus absurde. Elle jugeait que Chavez avait gaspillé la richesse issue du pétrole vénézuélien dans « des programmes sociaux, incluant des marchés gérés par l’État, des avantages financiers pour les familles pauvres, des cliniques et hôpitaux gratuits, ainsi que des programmes éducatifs », une mauvaise utilisation de l’argent qui aurait pu être utilisé pour bâtir des gratte-ciel comme « le plus grand building du monde de Dubaï et des branches des musées du Louvre et de Guggenheim à Abu Dhabi » :http://www.fair.org/blog/2013/03/06/ap-chavez-wasted-his-money-on-healthcare-when-he-could-have-built-gigantic-skyscrapers/

Parmi les dizaines de millions de victimes de Washington dans le monde, les peuples d’Afghanistan, d’Irak, de Libye, du Soudan, du Pakistan, du Yémen, de Somalie, de Syrie, de Palestine, du Liban, du Mali,  avec ceux de l’Iran, la Russie, la Chine et l’Amérique du Sud en attente de sanctions, de déstabilisation, de conquête ou de reconquête, le discours à l’assemblée générale de l’ONU de Chavez le 30 Septembre 2006, durant le régime Bush, demeurera le plus grand discours du début du XXIème siècle.

Chavez a affronté le lion, ou plutôt Satan, sur son terrain :

“Hier, le diable lui-même se tenait ici, à ce pupitre, parlant comme si le monde lui appartenait, vous pouvez toujours sentir le soufre…

Nous devrions appeler un psychiatre pour analyser la déclaration faite ici-même hier, par le président des États-Unis. En tant que porte-parole de l’impérialisme, il est venu partager ses recettes éculées pour essayer de préserver la forme actuelle de domination, d’exploitation et de pillage des peuples du monde. Un film d’Alfred Hitchcock pourrait l’utiliser comme scénario. Je proposerais même un titre : « La recette du diable ».

L’assemblée générale de l’ONU n’avait jamais entendu de tels propos, même pas du temps de la puissante URSS. Des sourires sont apparus en signe d’approbation, mais personne n’a osé applaudir. Trop d’argent étasunien était en jeu pour leur pays. (Un lecteur a fait remarquer que bien que le discours de Chavez n’ait pas été pas interrompu par des applaudissements, ceux-ci ont été nombreux  à la fin.)

Les délégations étasuniennes et britanniques ont fuit l’endroit place, comme des vampires confrontés par de l’ail et des crucifix ou des loups-garous devant des balles en argent. Chavez a parlé de la fausse démocratie des élites, imposée  aux autres par la force, les « armes et les bombes ». Chavez a demandé  « Quel type de démocratie imposez-vous avec des Marines et des bombes? Peu importe où Bush regarde, il voit des extrémistes et toi, mon frère, il regarde ta couleur et il dit Oh, voilà un extrémiste”. Evo Morales le valeureux président de la Bolivie ressemble à un extrémiste pour lui. Les impérialistes voient des extrémistes partout. En réalité, ce n’est pas parce que nous sommes des extrémistes, mais parce que le monde se réveille. Il se réveille partout et les peuples se lèvent. »

En deux courtes phrases de vingt mots, Chavez a défini a jamais le Washington du début du XXIème siècle : « L’empire a peur de la vérité, peur des voix de l’indépendance. Il nous appelle extrémistes, alors que ce sont eux les extrémistes. »

A travers l’Amérique du Sud et dans le monde non-occidental, la mort de Chavez est imputée à Washington. Les Sud-Américains connaissent les audiences du Congrès des années 1970 lorsque la Commission Church a révélé les divers plans de la CIA visant à empoisonner Fidel Castro.

Le document officiel présenté au président Kennedy par le chef d’état-major des armées et connu sous le nom d’opération Northwoods, est maintenant connu du monde entier et est consultable en ligne. L’opération Northwoods consistait à attaquer des citoyens étasuniens  sous fausse bannière afin de blâmer Cuba et de faire accepter au public étasunien et au reste du monde un changement de régime imposé par les États-Unis à Cuba. Le président J.F. Kennedy a rejeté le projet le considérant immoral et contraire aux pratiques d’un gouvernement responsable.

 http://en.wikipedia.org/wiki/Operation_Northwoods

 En Amérique du Sud on croit déjà fermement que Washington a utilisé ses horribles technologies mortelles pour infecter Chavez d’un cancer afin d’écarter l’obstacle qu’il représentait pour l’hégémonie de Washington en Amérique du Sud.

Cette croyance ne mourra jamais : Chavez, le plus grand Sud-Américains depuis Simon Bolivar, a été assassiné par Washington. Vrai ou faux, la croyance est gravée dans la pierre. Alors que Washington et le mondialisme détruisent toujours plus de pays, la vie des élites est de plus en plus en danger.

Le président Franklin Delano Roosevelt avait compris que la sécurité des riches nécessitait une sécurité économique pour les classes inférieures. Roosevelt a donc établi une forme faible de démocratie sociale aux États-Unis, forme dont les politiciens européens avaient déjà compris la nécessité afin d’assurer une cohésion sociale et une stabilité politique et économique.

Les régimes Clinton, Bush et Obama se sont mis en tête d’ébranler la stabilité que Roosevelt avait fourni, tout comme Thatcher, Major, Blair et l’actuel premier ministre britannique ont miné le consensus social entre les classes au Royaume-Uni. Les politiciens au Canada, en Australie et en Nouvelle-Zélande ont aussi fait l’erreur de donner le pouvoir à des élites privées aux dépens de la stabilité économique et sociale.

Gerald Celente prévoit que les élites ne survivront pas à la haine et à la colère qu’ils s’attirent. Je suspecte qu’il a raison. On détruit la classe moyenne étasunienne, la classe ouvrière s’est transformée en prolétariat et l’on détruit aussi le système de sécurité sociale afin de réduire les déficits budgétaires causés par le manque de revenus fiscaux, la délocalisation, les dépenses de guerres, les bases militaires à l’étranger et les sauvetages financiers. Le peuple étasunien doit souffrir afin que les élites puissent poursuivre leurs programmes.

Les élites américaines savent parfaitement bien ce qui va se produire. C’est pourquoi elles ont créé un ministère de l’Intérieur de style nazi appelé Department of Homeland Security (Département de la sécurité intérieure) ayant suffisamment de munitions pour tuer chaque Étasunien cinq fois et des chars d’assaut pour neutraliser le second amendement de la constitution américaine.

 http://www.informationclearinghouse.info/article34259.htmhttp://www.forbes.com/sites/ralphbenko/2013/03/11/1-6-billion-rounds-of-ammo-for-homeland-security-its-time-for-a-national-conversation/

 Les pistolets et les fusils sont inutiles contre des chars d’assaut, comme ont pu le constater les Davidiens à Waco au Texas. La protection d’une petite poignée d’élite contre les  citoyens étasuniens qu’elle opprime, constitue également l’une des raisons pour lesquelles la police est militarisée, est mise sous le contrôle de Washington et armée de drones qui peuvent assassiner les véritables leaders du peuple étasunien, qui ne seront pas dans les chambres législative, exécutive ou judiciaire, mais plutôt dans la rue.

http://www.globalresearch.ca/the-militarization-of-law-enforcement-in-america-use-of-military-technology-and-tactics-by-local-level-police/5326303

 Des camps d’internement aux États-Unis semblent bien réels et non pas une « théorie du complot » :

http://www.youtube.com/watch?v=FfkZ1yri26s

 http://info.publicintelligence.net/USArmy-InternmentResettlement.pdf

 La menace que le gouvernement étasunien pose à ses propres citoyens a été reconnue le 7 mars 2013 par deux sénateurs des États-Unis, Ted Cruz (républicain, Texas) et Rand Paul (républicain, Kentucky), qui ont présenté un projet de loi pour empêcher le gouvernement étasunien d’assassiner ses propres citoyens : « Le gouvernement fédéral ne peut pas utiliser un drone pour tuer un citoyen des États-Unis, situé sur le territoire des États-Unis, à moins que la personne ne pose un danger de mort ou de blessures graves à autrui de manière claire et imminente. Rien dans cette section ne pourra être retenu pour suggérer que la constitution autoriserait autrement le meurtre d’un citoyen des États-Unis en sol étasunien et sans autre forme de procès et d’action légale. »

http://www.cruz.senate.gov/record.cfm?id=339952

Les « gens indispensables » avec leurs présidents Bush et Obama ont commencé le XXIème siècle avec la mort et la violence. Cela demeure leur seul héritage. La mort et la violence que Washington a déchaînées se retournera contre Washington et les « élites » politiques corrompues de partout. Comme le dit si bien Gerald Celente, la première grande guerre du XXIème siècle a commencé.

Paul Craig Roberts

Article original en anglais :

Hugo Chavez: Friend of the American People, Enemy of US Hegemony and Washington’s Injustice, 13 mars 2013

Traduit de l’anglais par Mondialisation.ca

Articles Par :Dr. Paul Craig Roberts  http://paulcraigroberts.com

A propos : Paul Craig Roberts, former Assistant Secretary of the US Treasury and Associate Editor of the Wall Street Journal, has held numerous university appointments. He is a frequent contributor to Global Research.