Houphou_t_Boigny

La Côte d’ivoire, paie chèrement aujourd’hui pour les turpitudes politiques d’Houphouët-Boigny. Il se reconvertit en apôtre de la paix au soir de sa vie, après avoir passé des décennies à semer la terreur et la désolation, aux côtés des impérialistes français, dans leurs campagnes de rapines, du Biafra à la Sierra-Leone en passant par l’Angola et le Libéria. C’est ce brasier, que Houphouët contribua à allumer au Libéria, qui enflamma la côte d’ivoire le 19 septembre 2002. Les méthodes, les acteurs et les commanditaires sont demeurés les mêmes. Lisez donc le texte ci-dessous, qui jette une lumière intéressante sur ce vaste complot dont est victime la Côte d’ivoire.

Les premières cartouches de la guerre civile libérienne furent tirées dès 1983, lorsque des partisans de Thomas Quiwonkpa, un ancien compagnon de Doe dans le putsch de 1980 que celui-ci avait contraint à l'exil, pénétrèrent au Liberia par la frontière ivoirienne et menèrent une série de raids armés dans la région minière du comté de Nimba. Les combats prirent immédiatement une tournure ethnique, les insurgés cherchant à se rallier l'ethnie locale gio1 (dont Quiwonkpa était issu) et appelant à lutter contre la mainmise des Krahnssur le pays. Il y eut d'horribles massacres qui devaient devenir la règle par la suite.

Après l'échec de sa première tentative, Quiwonkpa réessaya en 1985, cette fois à Monrovia, en infiltrant la capitale et en prenant le contrôle de la station de radio pour annoncer le renversement de Doe par un Front national patriotique du Liberia (NPFL). Mais Doe, prévenu par la CIA, put déjouer cette tentative. Dans les jours suivants, Doe fit parader le cadavre mutilé de Quiwonkpa dans la capitale pour montrer ce qu'il en coûtait de s'opposer à son pouvoir.

Tous les partisans de Quiwonkpa n'avaient pas été éliminés. Alors que la frontière ivoirienne dans le comté de Nimba, restait le théâtre de combats sporadiques mais persistants, quelques-uns des anciens associés de Quiwonkpa allèrent chercher de l'aide à l'étranger pour renverser le régime de Doe. Parmi eux se trouvait Charles Taylor qui, après un temps aux Etats-Unis, avait entrepris la tournée des capitales africaines et européennes pour collecter des fonds et des armes, recruter des partisans et obtenir des soutiens politiques. Sa tournée rencontra un certain succès puisque vers la mi-1989, il relança l'ancien NPFL de Quiwonkpa, qui devint très vite la plus importante des factions armées opposées à Doe.

À cette époque, le NPFL de Taylor se présentait comme un groupe panafricain dont le but était de renverser "la dictature du fantoche américain" Doe avec l'aide de tous les "combattants de la liberté" d'Afrique. Il comptait dans ses rangs d'anciens guérilleros de la Gambie, du Ghana, du Biafra nigérian, etc. Il avait déjà formé une alliance étroite avec un groupe d'exilés sierra-léonais, le Front révolutionnaire unifié (RUF) de Foday Sankoh.À en croire la démagogie grandiloquente de Taylor, le but que se fixait le NPFL était rien moins que de changer la face de toute l'Afrique de l'Ouest anglophone, en commençant par le Liberia.

Mais derrière cette rhétorique radicale, d'autres intérêts étaient en jeu. Bien entendu, il y avait la "libyan connection" de Taylor, que les gouvernements occidentaux n'ont cessé de ressasser pour le présenter comme un instrument de Kadhafi. Et sans doute Taylor a-t-il bien bénéficié d'armes et de fonds venus de Libye. Mais, quoi qu'en dise l'Occident en présentant Kadhafi comme la "tête pensante du terrorisme", la réalité est que celui-ci ne joue qu'un rôle relativement secondaire dans la politique africaine.

Bien plus décisive pour Taylor fut l'aide logistique, militaire et financière qu'il reçut de Côte d'Ivoire, alors dirigée par Houphouët-Boigny, et du Burkina-Faso, alors dirigé par Blaise Compaoré, l'allié d'Houphouët-Boigny. Or ces deux Etats étaient des auxiliaires de la politique impérialiste française en Afrique et il ne peut y avoir le moindre doute sur le fait que leur aide à Taylor a été sinon dictée, en tout cas autorisée par Paris. Ainsi, tout comme Doe était un pion dans le jeu impérialiste américain en Afrique, Taylor était un pion dans la stratégie impérialiste française dans la région.

En décembre 1989, le NPFL de Taylor lança ses premiers raids armés à partir de bases situées en Côte d'Ivoire dans le comté de Nimba, aidé par un contingent de l'armée burkinabé fourni par Compaoré. Taylor déclara aux journalistes de la BBC que ses hommes avaient déjà commencé à infiltrer Monrovia. C'était probablement du bluff, mais la réaction de Doe fut terrifiante. Des centaines de personnes soupçonnées de sympathiser avec les rebelles furent assassinées par ses escadrons de la mort. D'autres, plus nombreuses encore, furent sommairement exécutées, simplement parce qu'elles appartenaient aux ethnies gio1 ou Mano, les deux ethnies dominantes dans l'est du pays où Taylor avait lancé son offensive. Pendant ce temps, dans le comté de Nimba, l'armée de Doe se déchaînait contre les villages gio1et Mano, forçant les habitants à s'enfuir afin de créer le vide autour du NPFL qui était tributaire de l'aide de la population.

Mais rien n'y fit. Six mois après le début de son offensive, le NPFL s'emparait de Buchanan, port commercial et deuxième ville du pays. Deux mois plus tard, en juillet 1990, le territoire encore contrôlé par Doe était réduit à une étroite poche autour de Monrovia. La progression du NPFL fut marquée par des purges sanglantes contre les Krahns et Mandingues, visant à forcer la population à prendre parti pour ce que les chefs de guerre du NPFL disaient être une lutte pour ses droits ethniques. Sur leur route, les forces du NPFL s'étaient considérablement renforcées, en recrutant les villageois plus ou moins de force. Quand elles eurent atteint Monrovia, une bataille sanglante commença. Pendant plus d'un mois, la capitale fut le théâtre de pillages systématiques et de milliers de meurtres aveugles commis par les deux parties. En septembre, le régime de Doe finit par s'écrouler et Doe lui-même fut sommairement exécuté.

 

 

1-Yacouba ; 2- Guéré

Lire l’intégralité du texte ici